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  • : Ce blog réunit mes écrits depuis des années sur divers sujets : actualité, politique, fascisme, religion, sexe, amitié, sous forme de pamphlets, d' articles, de nouvelles et de poèmes. Il est mis à jour régulièrement. Bon voyage dans mon univers !
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17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 14:17
Il faisait bon dans la chaumière perdue en pleine campagne.
Le milieu du printemps était encore très rigoureux, mais le feu dans l'âtre apportait à la pièce une franche et bonne chaleur.
Le vieil homme se leva du divan où il s'était assoupi et alluma ce qu'on appelait autrefois la télévision. Son visage s'attrista en voyant déferler sur la plaque murale, les images de la guerre, les images de son monde qui s'écroulait. Le coeur serré, il éteignit. Les autres n'étaient plus loin; il n'avait plus besoin des moyens d'information nationaux.
Depuis le matin, en effet, il avait entendu les combats au loin.
 
Maintenant, il attendait ...
 
Il jeta un regard au dehors, sur le jardin où reposait sa femme depuis quelques mois. La croix celtique en pierre sous laquelle elle était ensevelie laissait passer à travers ses branches les derniers rayons du soleil. Il retourna au divan. Parmi quelques livres qui étaient posés sur le guéridon, il en prit deux. Le premier, "LES LARMES DE L'ETE", avait été écrit par Ariane, la femme d'un de ses amis. Le deuxième, bien plus ancien, avait été édité cinquante années auparavant. Sur la couverture jaunie par le temps, le visage d'un homme encore jeune avait presque disparu, mais on lisait encore en lettres blanches sur fond noir, le nom de l'écrivain : " Jean Mabire "; et en dessous, le titre en noir se détachait sur un fond rouge : "DRIEU PARMI NOUS". Il l'ouvrit à la page numérotée 170, et il lut :
 
" Il n'y a rien de plus fort que ce qui lie les hommes entre-eux au milieu du monde, au milieu des autres hommes. L'amour de ma patrie n'a rien à faire avec la dilection que j'ai pour ses paysages. Mais il est fait du goût de l'amour même et de la bonne chaleur que je sens au milieu de certains. Pour pouvoir faire des plaisanteries obscènes, parler des femmes, de la guerre que nous avons faite, je suivrais ces hommes dans un autre astre ".
 
Ses yeux bleus se portèrent sur la page suivante :
 
"... Nous retrouvons " cette soudaine puissance qui jaillit d'un cercle d'hommes". Drieu nous le dit : " Pour faire une amitié il faut désirer ensemble quelque chose qui nous dépasse". Mais quelle..."
 
Sa lecture fut interrompue. La porte s'ouvrit avec fracas.
 
Il n'avait pas entendu les Jeeps arriver.
Mais dès qu'il vit le grand noir en uniforme américain qui se tenait devant lui, le M16 au bout des bras et le sergent russe qui se tenait dans l'embrasure de la porte, il comprit...
Les russes et les américains avaient fait la jonction deux jours auparavant à une centaine de kilomètres de là. La guerre qui avait commencé un mois plutôt n'avait pas été déclarée, et la surprise avait été totale.
 
Les deux soldats ricanèrent.
 
Devant les yeux clairs du vieux, défilèrent les images des vingt dernières années. Depuis 1998, date à laquelle l'Europe était devenue réalité politique, militaire et économique, une époque de paix et de prospérité avait régné sur le vieux continent aux traditions séculaires enfin renouvelées, en pleine osmose avec sa technologie.
 
Le noir leva son arme.
 
Qu'elle était grande cette Europe, à l'image d'une belle femme ! Fière et provocante, épanouie et pleine de vigueur, moderne, elle se dressait entre les deux blocs matérialistes; l'un capitaliste, l'autre à nouveau communiste, tous deux décadents.
Ces deux grands charognards ne pouvaient plus supporter cette Europe libre; cela, le vieil homme l'avait vu pendant de belles et longues années.
 
Le sergent russe aboya un ordre. L'américain épaula.
 
La vie continuait de danser devant les yeux du vieil homme. Les soirées autour des feux de camp, les solstices, les rires des femmes, les jeux des enfants, la famille, l'amitié, l'amour, les combats; tout cela, il le revivait en quelques secondes. Toutes ces années de bonheur et d'allégresse...
  
L'américain pressa la détente.
 
Une douleur cisailla le vieil homme à la poitrine. Ses yeux se remplirent de lumière. Un filet de sang rouge coula de ses lèvres. Son vieux monde disparu.
  
Ils brûlèrent la maisonnette et rasèrent la campagne environnante.
 
Le vent emporta la fumée vers la forêt norroise.
 
 
* * *
 
L'avancée des charognards fut stoppée quelques jours plus tard sur tous les fronts, grâce à un sursaut populaire qui, la première surprise passée, fit refluer l'ennemi bien au-delà des frontières.
L'Europe avait encore de belles et longues années à vivre.
  
 
 

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