Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : AMERZONE
  • : Ce blog réunit mes écrits depuis des années sur divers sujets : actualité, politique, fascisme, religion, sexe, amitié, sous forme de pamphlets, d' articles, de nouvelles et de poèmes. Il est mis à jour régulièrement. Bon voyage dans mon univers !
  • Contact

Ecrits divers

undefined

undefined

Rechercher

Fonds musicaux

Information

14 janvier 2007 7 14 /01 /janvier /2007 22:48

METROPOLICOM

 
METROPOLICOM. Le nom de la cité s’affichait sur son écran d’ordinateur en lettres argentées. François Garroufi reposa sa tasse de café et pianota la suite du programme sur son clavier translucide. La ville apparut à ses yeux, d’abord en vue aérienne, ensuite le quartier qu’il avait sélectionné, enfin le loft qu’il avait créé virtuellement depuis trois mois. Il était à présent à l’intérieur, et dans la peau même de son personnage : Patrick Vilore, 35 ans, célibataire, PDG de la Technicox. Il se sentait bien, fort. Fort de cette puissance conférée par le changement d’identité, sa nouvelle position sociale volée à la réalité quelques heures par jour. Il sortit du loft, monta dans sa Ferrari, une vieille voiture à roues, une merveille de collection du siècle passé qu’il avait achetée par snobisme, et démarra à vive allure en direction du centre commercial. Il se gara devant l’esplanade de celui-ci. En ce samedi, elle était envahie d’habitants. Il les connaissait tous, car ils les avait lui-même créés. Il se dirigeât en sifflotant vers l’agence bancaire.
 
L’intérieur de celle-ci était décoré de couleurs fluorescentes, jaunes oranges et vertes, réminiscences de siècles passés à la mode d’alors. Il se dirigea d’un pas assuré directement au carré VIP, où, pour la première fois, il fut étrangement accueilli par le sous-directeur. Celui-ci blêmit en le voyant.
 
« Oh, monsieur VILORE ! Nous ne vous attendions pas… Je veux dire… C’est que… enfin… il y a un petit problème sur votre compte et... »
 
Le sous directeur monsieur Carnoux était un homme assez grand, mince, bourré de tics. Son allure gauche lui donnait un air timoré. Il rappelait les fonctionnaires tels que les décrivait Courteline trois siècles auparavant.
Devant l’incohérence des explications de celui-ci, Patrick Vilore s’emporta, et demanda à voir le directeur. Celui-ci, un petit rondouillard, arriva à pas pressés, affable, condescendant. Néanmoins, il ne voulu rien entendre : il parlait de mauvais placements, de la conjoncture qui n’était pas favorable, bref, le compte de Patrick Vilore était à sec. De plus, le directeur commençait à le prendre de haut devant l’insistance de son client, menaçant de faire expulser celui-ci. Hors de lui, Patrick sortit de sa poche un pistolet laser dernier cri de marque SMITH & Koch et fit feu sur le banquier. Il vit le front du petit homme virer au rouge, et celui-ci disparaître, éclatant en milliers de morceaux, telle une mosaïque de couleurs.
Patrick restait debout, stupéfait de ce qu’il venait de faire. Déjà, les vigiles accouraient sur les lieux du drame. Il arriva à s’enfuir, reprit sa Ferrari et retourna au loft, à tombeau ouvert.
 
Il referma la porte derrière lui ; il lui fallait à présent retourner dans la réalité. Il appuya sur la touche power de son clavier et vit disparaître la ville virtuelle, le loft où il avait ses habitudes depuis les trois derniers mois, arracha le masque et les électrodes de son visage. La sueur lui perlait sur le visage et dans le dos. Il retrouva son petit appartement, se servit un verre de gin, l’avala d’un trait, quand il entendit frapper à la porte. Il ouvrit. Devant lui, en uniformes bleu ciel et rose fluo, se tenaient les hommes de la police Billgatienne de surveillance informatique.
 
« Monsieur François Garroufi, vous êtes à présent en état d’arrestation pour le meurtre de Monsieur Gérard TAPIéS directeur du crédit toulonnais dans le monde virtuel, et de par là, directement impliqué dans la mort de Sylvio GARCIN qui avait cette identité dans notre réalité. »
 
Les nouveaux BIR ( Bracelets d’Identification et de Repérage ) lui furent passés autour des poignets. Ils étaient d’une nouvelle fabrication, très doux, ce qui avait valu à son inventeur, Klopolk SARKOZY un prix humanitaire de la célèbre association des victimes d’erreurs judiciaires. En effet, celui-ci s’était lancé dans la recherche du bien-être de ses concitoyens et avait créé la fondation SARK-SQUA-PEN pour faire oublier les erreurs d’un de ses ancêtres qui s’était mal conduit au début du siècle précédent.
 
*   *   *
 
L’affaire avait été retransmise sur les chaînes câblées des huit continents par satellite ( Depuis la catastrophe écologique de 2063, la dérive des continents s’étant accentuée, certains s’étaient séparés. En trois parties pour le continent américain - Nord, Sud et Amersud -, et en deux parties pour l’Asie - Asie céleste et Asie du soleil vert - ). C’était en effet la première fois qu’il y avait un meurtre par le biais du virtuel.
Toutes les places avaient été réservées, et certaines vendues au marché noir, jusqu’à cent Kersans. La salle d’audience était comble. Elle était composée d’environ 300 sièges flottants, disposés en demi-cercle un peu comme un amphithéâtre, au centre duquel se tenait l’accusé. En face, comme autrefois, 12 jurés étaient disposés en ligne sur une sorte de plate-forme composée d’un seul et long bloc, siège et pupitre, flottant aussi un peu plus haut que l’assemblée. Derrière et au-dessus d’eux, le seul siège fixe de la salle, symbole de la stabilité du pouvoir suprême, était réservé au juge. Seul l’accusé se tenait debout. Deux assesseurs allaient et virevoltaient de place en place dans la foule, à l’aide de propulseurs à air comprimé, afin d’amener le micro à celui qui, dans l’assistance, désirait faire des commentaires ou poser une question. Le juge prit la parole :
 
« Le Jourdi 30 Maïs de l’ère 2107 à 3 cadrans, madame Danielle GARCIN se tenait à côté de son mari Sylvio, celui-ci étant devant son ordinateur, se livrant à son occupation favorite, le Visiocon. Depuis 15 jours, celui-ci avait pris par abonnement et de façon anonyme, l’identité de monsieur Gérard TAPIéS, directeur du crédit toulonnais, immeuble sis dans le monde virtuel créé par l’accusé monsieur François Garroufi. Madame GARCIN vit tout à coup son mari s’agiter violemment, et après avoir entendu des bruits bizarres provenant de son casque, vit son époux se désintégrer complètement, laissant sur le fauteuil une flaque verte. »
 
Dans l’assistance, la veuve de GARCIN, une femme grande et sèche aux cheveux frisés, longue comme un jour sans pain, se mit à glapir. Son fauteuil fut pris de soubresauts, manquant de la faire chavirer. Un murmure parcourut l’assistance, que le juge ramena vite au calme.
 
« Qu’avez vous à déclarer monsieur Garroufi ? »
 
« Hé bien, j’ai créé METROPOLICOM il y a de cela maintenant quatre mois, et le mois dernier, j’y descendis afin de récupérer des fonds à la banque. »
 
Le juge l’interrompit :
 
« Oui, Maître ? »
 
L’avocat du prévenu approcha son fauteuil. C’était Maître Christian RAVIZ, un avocat très connu des téléspectateurs.
 
« Oui, il faut peut-être préciser à nos auditeurs le but de cette nouvelle dimension dans la technologie du virtuel. En effet, vu la conjoncture économique actuelle, la loi autorise tous les citoyens à gagner de l’argent en travaillant parallèlement dans le monde virtuel. Cela encourage la créativité et évite les blocages subis dans notre monde par certains de nos concitoyens : harcèlement moral, racisme anti-vieux, anti-jeune, discrimination raciale, jalousies hiérarchiques, etc… Tout cela étant contourné par le virtuel qui ouvre un champ d’expérimentation et de création énorme, et encourage l’esprit d’initiative.
Mon client, monsieur Garroufi, a créé il y a quelques moisMETROPOLICOM, et ainsi s’est trouvé à la tête d’un capital non négligeable dont il comptait en retirer une partie pour la rapatrier dans notre monde. En effet, les gains accumulés dans le virtuel sont répartis comme suit : la moitié pour le créateur, le quart pour l’Etat, et le quart restant à réinvestir dans le monde virtuel pour faire vivre celui-ci à son terme, le créateur ayant une obligation de responsabilité de vie envers sa création. »
 
« Merci de cette mise au point maître. Accusé ? ! »
 
« Voilà monsieur le juge. Je me suis rendu à la banque afin de retirer de l’argent… j’avais une provision de 2 millions de kersans… et le directeur m’annonce que mon compte est à sec ».
 
Un petit homme approcha son siège. C’était l’avocat de madame GARCIN.
 
« C’est pourquoi vous l’avez assassiné ! »
 
« Maître CONOMAGLIO, votre tour viendra. » s’interposa le juge.
 
« Mais je ne voulais pas le tuer, ce n’était pas prémédité. Je n’avais pas l’arme sur moi quand je suis entré dans la banque. Je l’ai créée virtuellement au moment où Gérard TAPIES le banquier, s’énervait après Patrick VILORE. Je l’ai créée dans un moment d’énervement. »
 
Les débats qui suivirent portèrent plus sur les nouvelles implications en regard de la loi, de ce nouveau concept virtuo-réél, que sur le geste de François GAROUFFI. En effet, la police Billgatienne de surveillance informatique avait conclu après enquête, que Sylvio GARCIN connaissant le concept virtuel créé par François GAROUFFI et voulant nuire à celui-ci, pour des raisons personnelles et encore obscures, avait délibérément pris l’identité du banquier, et détourné tous les fonds de Patrick VILORE ; ce qui auprès du public, avait créé un regain de sympathie envers celui-ci.
 
Après trois mois de débats parfois houleux et une menace de guerre entre deux des huit continents, les jurés rendirent leur verdict :
 
« L’accusé, monsieur François GAROUFFI est reconnu coupable de la mort de Sylvio GARCIN, conséquence du meurtre de Gérard TAPIES. Mais l’intention de nuire évidente de Sylvio GARCIN, la non-préméditation de l’accusé, le flou juridique entourant les nouvelles technologies et les conséquences que celles-ci entraînent sur la réalité sont telles, que monsieur François GAROUFFI bénéficie de circonstances atténuantes et par conséquence acquitté. De plus, le Crédit Toulonnais est condamné à verser à monsieur GAROUFFI la somme de 4 millions de Kersans en préjudice du dommage causé. Ceci étant jugé conforme en ce Merdi 42 Brout de l’ère 2107. »
 
Le présentateur d’une chaîne télévisée se précipita vers François GAROUFFI.
 
« Qu’allez vous faire avec cette fortune, monsieur GAROUFFI ? »
 
« Non ! VILORE, s’il vous plaît. Eh bien, je vais créer une forêt afin de disposer de bois, comme autrefois, ce qui permettra de fabriquer des livres. »
 
Quelqu’un dans l’assistance s’écria :
« Des livres dans notre monde informatisé ? Ce type est fou ! »
 * 
*       *       *       *       *

Partager cet article

Repost0

commentaires