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  • : Ce blog réunit mes écrits depuis des années sur divers sujets : actualité, politique, fascisme, religion, sexe, amitié, sous forme de pamphlets, d' articles, de nouvelles et de poèmes. Il est mis à jour régulièrement. Bon voyage dans mon univers !
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17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 13:59
Il émergea des décombres avec difficulté. L'immeuble effondré ressemblait maintenant à un grotesque tas de béton, de pierres et d’enchevêtrement de ferrailles tordues.
Tout autour, la cité offrait le même visage de désolation, mis à part çà et là, quelques constructions encore debout. Il regarda autour de lui, avec tristesse et désespoir. Il tomba à genoux sur le sol que recouvrait une étrange poussière bleuâtre. Le vent était tombé, faisant place à un silence oppressant.
La salle des archives bien sur; c'est cela qui l'avait sauvé. L'immeuble qu'il venait de quitter, où plutôt ce qu'il en restait, était le siège d'une grosse compagnie d'import-export où il travaillait. Au moment de la déflagration, il se tenait dans la salle des archives qui était blindée et avait résisté aux secousses. Il avait attendu plusieurs heures avant d'en sortir. Ce qui s'avéra le plus difficile, fut de s'extirper de l'immeuble en ruines, en se frayant un passage entre les gravas.
 
Maintenant, il était là, au milieu de la désolation d'un paysage tourmenté. Il se releva et se dirigea vers un bâtiment à-demi effondré qu'il avait reconnu.
 C'était l'immeuble qui abritait une station de radio. En pénétrant à l'intérieur, il remarqua que les salles des studios étaient encore en état. Il alla s'asseoir à la table d'animation, derrière le micro, effleura le velours rouge de la table, et entendit un grésillement provenant d'un poste émetteur qui était à sa portée. Le générateur de la cité était encore en activité. Il tendit la main, tournant les boutons, cherchant différentes stations, mais ne rencontrant à chaque fois que le vide et des grésillements.
 
 
* * *
 
Cela faisait maintenant quatre mois qu'il vivait sans avoir réussi à rentrer en contact avec un être humain. Il avait parcouru la ville déserte et les environs, jusque dans la campagne. Tout était aussi vide et désolé à des kilomètres à la ronde. Il s'était installé dans la salle des archives où les boites de conserves, les cassettes vidéo et les vêtements, avaient remplacé les dossiers, et les fiches d'une population à présent fantôme.
 
Il avait à sa disposition nombre de bouteilles de gaz pour la cuisine, le chauffage, des piles et des batteries de secours en quantité suffisante, pour, le jour où le générateur tomberait en panne, continuer de s'éclairer, de visionner des films, d'écouter de la musique.
Il laissait à tout hasard plusieurs postes de radio ouverts sur différentes fréquences, dont celle de la station où il avait laissé les micros ouverts, et où il se rendait parfois pour essayer de capter quelque chose, plus loin ... désespérément.
 
 
* * *
 
 
Trois longs mois avaient encore passé. Il ne pouvait plus supporter cette solitude. Il lui fallait partir, essayer d'aller le plus loin possible, trouver d'autres survivants comme lui. Il ne pouvait ne pas y en avoir. Le projet avait mûri dans son esprit depuis quelques semaines, et avait commencé à prendre forme. Il avait à sa disposition des cartes, des provisions, une Jeep qu'il avait remise en état, et de l'essence. Il comptait encore deux semaines avant de partir; c'était décidé; deux semaines pour terminer les préparatifs du départ, et il s'en irait.
 
D'abord, il ne fit pas attention au bruit qui sortait d'un de ses postes; le bruit d'une porte qui se refermait. Quand il entendit une chaise que l'on traînait par terre, il sursauta. Il se rua sur le poste d'où provenaient les bruits, et regarda la fréquence. C'était celle de la station d'à coté. Il y avait de la vie pas loin, il en était sur. "Je m'appelle Alice BARNON - entendit-il - depuis de longs mois, depuis l'explosion de la bombe, j'ai parcouru..." Une femme! Une femme émettait à quelques centaines de mètres de là. Enfin il n'était plus seul.
 
Déjà il avait plaqué le poste contre lui, et partait en courant vers la bâtisse.
Il continuait à entendre par fragments, la voix qui émettait entre deux grésillements: "... a semé partout le chaos, la destr... la ... "Il lâcha le poste, continuant à courir à perdre haleine, vers la bâtisse qui grossissait à mesure qu'il avançait ...
 
Après tant de mois, enfin il allait se trouver en face d'un être humain, quelqu'un avec qui vivre, tout reconstruire, quelqu'un avec qui rechercher plus loin, d'autres vies.
Il butait contre les pierres, se coupant aux morceaux de tôles qui hérissaient la terre. Il ne sentait pas la douleur. Il était ivre de joie. Il riait et pleurait à la fois.
 
Quand il arriva au bâtiment, il s’arrêta pour reprendre son souffle, s'appuyant contre la porte dépourvue de vitres. Il repartit de plus belle, traversa les salles délabrées, courant vers le studio.Quand il y arriva, il s’arrêta devant les vitres, l'air horrifié.
Derrière le verre, une jeune femme se tenait assise à la table d'animation, un revolver appuyé sur la tempe. Elle le vit une fraction de seconde trop tard. Ses yeux s’écarquillèrent comme elle pressait le doigt sur la détente.
La dernière image qu'elle emporta dans la mort, fut celle de cet inconnu à travers la vitre. Il la vit s'effondrer sur la table. Devant elle, un magnétophone était en train de tourner.
Il poussa la porte vitrée.
Une odeur de poudre âcre lui monta au nez. Il entendait de la musique; un disque qui arrivait en butée. C'était " The end " des DOORS.
Il resta atterré, un long moment immobile, ne sachant que faire. Son monde futur, bâti en quelques minutes, s'était effondré comme un château de cartes.
 
Il arrêta l'enregistrement, et appuya sur la touche retour. Il voulait savoir pourquoi. Il retrouva les bruits. Il entendit la porte, le bruit de la chaise, et la voix de la jeune femme retentit à nouveau.
 
"Je m'appelle Alice BARNON. Depuis de longs mois, depuis l'explosion de la bombe, j'ai parcouru en hélicoptère une grande partie du globe terrestre. J'ai constaté que la dernière guerre technologique a semé partout le chaos, la destruction et la mort. Dans tous les points du globe, j'ai constaté la même désolation. Au fil de mon périple, depuis ces derniers mois, je suis arrivée à la conclusion qu'il n'existe sur terre, plus aucune vie humaine. Mon appareil étant endommagé depuis quelques jours, j'ai marché jusqu'ici; ce studio sera ma dernière étape. Je ne peux plus supporter cette solitude. C'est ici que ce termine le voyage."
 
L'homme entendit encore quelques bruits, le disque des DOORS qu'elle mettait sur la platine, puis, vers la fin du morceau, la détonation du revolver retentit à nouveau à ses oreilles comme un cri. Il entendit son entrée dans la pièce, puis plus rien.
 
Il ramassa l'arme, et porta le canon chaud à sa tempe.
 
 
 
 

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